Pourtant cela s'annonçait mal… Cette application a fait un aller et retour complet sur mon Mac. En effet, après quelques soucis au bout d'une journée, je l'ai virée pensant qu'elle était instable avant de constater qu'il n'en était rien (certaines applications citées dans le billet précédent en étaient la cause…!) et de réinstaller Ulysses dès le lendemain matin.
Le seul point d'instabilité que j'ai pu constater est une fenêtre qui se fige lors de copier/coller de fragments de texte avec certains délimiteurs de champ comme l'espace fine sous InDesign. Une fois cela compris, on contourne.
Depuis j'ai acquis une version complète après quelques jours d'utilisation intensive.
Qu'est-ce qui m'a séduit…?
Franchement, il est rare de trouver l'ergonomie parfaite pour un outil dédié à l'écriture. Le mode Plan de Word me convenait bien jusqu'alors car il me permettait de déplacer des pans entiers et de réorganiser la structure de mon texte en jouant sur les niveaux, de réorganiser en direct mon sommaire. Opal fait aussi bien mais s'arrête à cela. Sur Ulysses, pas de mode Plan même si les développeurs ont conçu un autre produit, Stapler — gestion de notes que l'on peut réorganiser mais sur un seul niveau, qu'ils pourraient intégrer dans Ulysses. Mais ce n'est pas prévu.
Ce qui est intéressant quand on rédige, c'est de pouvoir accéder très vite à tout son texte, à d'autres parties également en cours d'écriture. Mais aussi ajouter, consulter des notes qui ne seront pas dans le flot du texte, relire des indications, des idées, de la biblio, un site web, un numéro de téléphone. Bref, des notes peu académiques, juste un joyeux bordel…!
Or c'est ce que les concepteurs de Ulysses ont compris et intégré à leur application, j'y reviendrais.
Un projet.
En gros, si je décide de rédiger un bouquin, c'est un projet en soi qui va contenir un certain nombre de fichiers allant d'une ébauche de sommaire à des chapitres en passant par des notes, des références, etc. Chaque fichier est important mais ne sera pas pour autant inclus dans le livre. C'est exactement ce que propose Ulysses : on y ouvre autant de pistes mais chaque fichier est identifié comme source, intrigue, chapitre, description d'un personnage, etc. Un certain nombre de descripteurs sont proposés mais libre à vous d'en créer d'autres. C'est aussi un point agréable, les auteurs suggèrent des usages et à vous de suivre, d'en inventer d'autres ou pas.
Ensuite, chaque fichier a sa vie, tour-à-tour bouillon, texte révisé, texte final. Ou disparaît, cannibalisé par d'autres…! Cela aussi est pris en compte via des indicateurs.
Enfin, chaque fichier peut recevoir ses propres notes qui se seront jamais incluses dans le texte même mais bien à côté. Rien que pour cette option, c'est ultra confortable.
Pour finir, on hésite parfois à supprimer des parties de texte. Ulysses permet de conserver à part ces textes dans un espace poubelle pour s'y référer si besoin est via Majuscule-suppression. Comme les notes, ces multiples suppressions sont conservées à part. Juste mises de côté avec la possibilité de piocher dedans, CQFD. Cela peut être, d'ailleurs une manière de construire un autre niveau de notes.
Pas de styles, que du texte
J'oubliais ce point essentiel qui diffère d'un traitement de texte qui "style" le texte, vous permet d'utiliser une flopée de typos, de tailles, de graisses. Oubliez.
Ulysses ne comporte pas de formats style paragraphe ou caractère à multiples attributs. Ses styles ne sont que des indications de niveau ou de titre mais sans enrichissement complexe, juste l'ajout d'une balise, une coloration et un changement de graisse. le but n'est pas de mettre en forme le texte mais d'identifier ces niveaux.
Ainsi des surligneurs que l'on fabrique ou ajuste selon ses besoins…

Et bien entendu l'affichage est minimaliste avec le choix d'une unique police de caractères pour tous les documents d'un même projet. Là, un emprunt à la dernière version de BBEdit.

Créer des fichiers
Créer un nouveau fichier dans un projet est aisé. Mais attention, tout fichier est virtuellement ouvert et accessible à tout instant via des onglets en haut d'écran, onglets que l'on peut ordonner par simple cliqué/glissé.

Trois colonnes pour naviguer…
Revenons aux fondamentaux. Le dispositif proposé à l'écran par les concepteurs d'Ulysse est bien foutu sur ce plan.

Trois colonnes découpent verticalement votre écran.
Celle de gauche permet de naviguer dans tous les documents existants ajoutés à votre projet.
Les deux colonnes de droite sont réservées au fichier en cours de traitement : la grande colonne centrale affiche le texte.
Celle de droite contient tout le bazar utile au rédacteur, à savoir ses notes, suggestions et idées, ses bouts de texte, repentirs, tout ceci en fonction des préférences du rédacteur. Il n'y a pas de réel mode d'emploi mais des éléments à dispositions- que l'on utilise ou non.

En bas de cette troisième colonne, le tableau de bord du fichier avec des infos partiques comme le nombre de signes, le statut, l'étiquette, etc.

Si l'usage des deux colonnes de droite s'impose naturellement (texte + notes associées et plus si affinités…!), celle de gauche n'est pas évidente à comprendre. Or c'est l'œuf de Colomb…!
En haut, une option de recherche puis la liste de tous les fichiers de votre projet.

Et, très astucieux, quand vous cliquez sur un item de cette liste, le texte du fichier sélectionné s'affiche en dessous de cette liste. Vous pouvez le lire en plus petits caractères et, tout en bas, faire défiler les notes associées.

Je ne vous fais pas un dessin, c'est génial car, concentré sur son texte, on peut néanmoins se balader dans tout le reste. Du coup, vous pouvez à tout instant vérifier une information sur un autre chapitre et balayer toutes ses notes sans quitter votre sujet.
Bon, comme l'objet de ce produit est l'écriture, inutile de penser images, ce n'est pas l'objet de ce produit. Par contre, Ulysses supporte les images exclusivement au sein des notes, ce qui est amplement suffisant.
Des outils de recherche efficaces
La recherche peut servir à trouver dans un ensemble de fichiers ce que vous souhaitez à partir de plusieurs conditions mais aussi à créer un filtre qui n'affichera qu'une liste réduite de ces fichiers. Tous les fichiers qui comprennent tel produit mais pas telle personne, par exemple.

Mais il y a mieux, une recherche remplacement rusée… L'idée est simple. Vous chercher à remplacer un mot ou un bout de phrase. Une recherche emplacement conventionnelle va vous faire défiler tout le texte, fichier après fichier, et vous proposer de remplacer via une alerte. Ici, c'est bien plus subtile. Ulysses affiche toutes les phrases comportant l'occurrence recherchée dans tous les fichiers via dans une seule zone de dialogue. Il vous est alors facile de sélectionner les phrases (vues dans leur contexte) que vous souhaitez modifier, et elles seules.

Interface d'écriture personnalisable
J'étais un peu triste de ne pas utiliser WriteRoom et son écran noir. Or Ulysses permet de configurer autant de skins que souhaité pour rédiger. Dont ce mode terminal qui vous permet de ne vous concentrer que sur l'essentiel, votre prochain prix…!

Un mode export puissant
Bien entendu, tout projet peut être enregistré en fichiers séparés ou en un seul fichier mais, surtout, exporté au format Latex, Word, texte, RTF et en PDF. Ou exporté dans d'autres projets Ulysses.


Du coup, si vous avez besoin d'expédier à votre éditeur, un instantané de votre prose, non seulement vous choisissez le format mais vous pouvez cocher exclusivement dans le liste des fichiers ceux à exporter.
Ce qu'il manque…?
Des variables pour remplacer en une fois un nom de personnage par un autre malgré cette recherche remplacement puissante. Un mode plan (je rêve, là) au sein de chaque fichier. Mais en ajoutant tout ceci, ne sombrons-nous pas dans un autre univers, à nouveau celui du traitement de texte…?!
Bon, j'espère que ce rapide survol vous a donné envie de l'essayer à votre tour. Bonne découverte.


