Salut vieux camarade

Perdre un outil créatif, c'est à la fois peu de choses mais lourd de conséquences…
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Certes, ce n’est que du matériel. Certes…

Hier soir soir, en photographiant sous le chapiteau ma gamine[1] dans son numéro de trapèze, mon fidèle 5D n’est pas arrivé à redescendre son miroir.

Foudroyé en pleine action pixelographique !

@urbanbike

C’est stupide de l’avouer mais voilà une disparition qui me touche bien plus que je ne l’imaginais.

Huit années de complicité, huit années à caresser son corps de métal (sans un poil de gras, lui !) dont je connais tous les méplats, l’emplacement des commandes mais aussi les pièges… La molette farceuse qui change de mode en sortant du sac, le réglage de dioptrie qui s’amuse à me piéger et à rendre mon viseur flou et moi fou…!

Sans oublier les poussières incrustées sur le capteur avec lesquelles il me faut composer (…ce n’est qu’un mark 0, l’anti-poussières n’est arrivé que sur le mark II), ovnis dont je traque la trace ensuite sur Lightroom !

On s’attache à ses outils

J’aime particulièrement la soupe de pixels de ce vieux Canon 5D, son rendu non stochastique à l’inverse du 7D.

Bref, j’en ai passé du temps en sa compagnie à guetter les butineuses, à traquer les araignées sur leurs toiles dans la rosée du matin, à regarder sous les jupes des fleurs (sic !), à capturer les transparences de la monnaie du pape, à piéger des gouttes d’eau sur des feuilles de chou ou le duvet de la bourrache, à observer les nigelles de Damas, les morelles de balbis, la géométrie de la sauge de Jérusalem, les pointes acérées du ricin.

Bref, j’ai passé ces dernières années à découvrir un monde végétal que je ne connaissais nullement, ayant enfin réduit mes allergies de printemps à des événements moins pénalisants que ceux de mon enfance.

Pendant 40 ans, respirer les graminées, du pollen était une souffrance. Et puis les crises se sont atténuées.

Apaiser mes pensées

Bien mieux qu’une séance de psy : partir avec une optique vissée sur cette boîte à pixels et me plonger dans les chevelures poilues des iris, immortaliser la danse sous le vent des gauras, suivre l’érection des lupins qui transforment mon jardin en aire de lancement du fusées, genre Cap Canaval, immortaliser la splendide décrépitude des physalis

Bref, mon attention et mon énergie orientées sur la scène qui se présente sous mes yeux, juste cadrer et déclencher au moment opportun. Une façon épatante de se libérer des tensions, oublier le poids des soucis du travailleur indépendant, réduire la pression ambiante.

Certes, je ne suis pas un photographe, juste un utilisateur de boite à pixels qui prend du plaisir à capturer des images qu’il retrouvera ensuite sur l’écran de son Mac, qu’il post-traitera.
Effet Kiss Cool garanti !

Obsolescence pour tous !

Du coup, cette soudaine disparition de ce compagnon me renvoie à ma propre finitude, me rappelle que je finirai prochainement en pièces plus ou moins détachées !

Certes, je sais qu’il est possible de le rafistoler, de lui donner un sursis pour prendre à nouveau quelques images. Ou pas.

Il me reste à trouver les finances pour le réparer ou le remplacer (…je rêve d’un 1Ds mark III d’occasion, ayant eu le privilège d’en disposer en prêt quelques semaines). Mais, plus probablement, faute de moyens, j’envisage de vendre mes dernières optiques dans le pire des cas.

Je me vois vieillir, je sens mon corps qui s’épuise : à cela, je me prépare depuis des années, les disparitions qui se multiplient dans mon environnement sont autant de signes que, bon, ben, voilà, voilà. Mais j’avoue que perdre ce compagnon mécanique me file une baffe que je n’imaginais pas même !

Étrange non ? Du coup, comme le sentiment de voir dans photager.com comme un triste mausolée numérique !

Merde ! Déjà ?!

@urbanbike

EDIT de 09:50 : C’est bien le miroir qui s’est détaché…

@urbanbike

  1. Ce qui est troublant, c’est que ce n’est pas la première fois ! C’est mon second appareil qui part en vrille en photographiant ma fille. Le premier était un petit numérique Leica en mai 2002 (image ci-dessus). Et pratiquement à la même saison et à 50 mètres de distance. David Vincent enquête !  ↩

image du monde végétal — close-up
logotype d'urbanbike


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Sans oublier…!

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