Les banques d'images à bas prix — à base de crowdsourcing — ont modifié radicalement notre manière d'acquérir des visuels. Avec des effets de bord inattendus. Ainsi, même les entreprises qui ont été parmi les premières à réagir en acquérant ces banques d'images sont amenées à adapter leur offre…
J'ai reçu une proposition "spéciale rapport annuel" pour l'icongraphie des pages intérieures à des prix que je n'avais jamais vu jusqu'à alors… Ajoutez à cela une réduction de moitié sur les droits mondiaux et la gratuité des images acquises sur internet. Manifestement, ces agences prennent enfin la mesure de cette révolution numérique.
Pour ma part, j'ai l'impression que ces aménagements tarifaires arrivent trop tard.
Soit l'entreprise négocie directement avec un photographe professionnel pour la constitution de son fond documentaire dès lors que cela devient un peu trop technique ou assez peu grand public ; soit elle utilise les meilleures photos numériques de ses collaborateurs. Soit elle se fournit seule sur internet à prix réduits. Certes, les tarifs sur le net ont repris du poil de la bête, certains sont passés de $3 à $8 ce qui n'est quasiment rien. D'autres ont ajouté une option quant au volume ou aux droits. Mais face à des coûts qui démarrent à 300 € pour certaines grosses agences, ce n'est plus la seule qualité picturale ou l'originalité qui est recherchée mais bien le prix. Paradoxalement, ce ne sont pas ces agences qui souffrent le plus. Il semble que les éditeurs de CD-Roms thématiques soient amenés à proposer plus régulièrement des packs à des prix cassés et diminuer le coût unitaire de ces mêmes images à l'unité via le web.
En 2005, se servir dans une banque d'image en ligne à bas coût était nouveau. Aujourd'hui, ce sont mes clients qui m'expédient directement les miniatures des visuels qu'ils souhaitent… Comme moi, ils connaissent toutes les adresses des meilleurs sites de crowdsourcing en matière d'image. Et je peux vous assurer que tout n'est pas à jeter comme le pensent certains professionnels arc-boutés sur le schéma de distribution traditionnel…!
Enfin, celui qui était en vigueur… au XX° siècle.

Pour mémoire, visuel d'un photographe totalement amateur (du vénérable crowdsourcing argentique donc…) vers 1904. Les informations "Exif" de l'époque — texte écrit à l'encre le long de la plaque verre — indiquent : Entre Djibouti et Diré-Daoua - Indigènes Somalis regardent le train à une station…
Note(s) de lecteur(s)…
L'ami Béat ajoute ceci :
Il y a quelque temps, avec un client, nous avions besoin de 2 photos de personnages aux caractéristiques assez précises. Nous ne les avons pas trouvés en faisant des recherches sur les sites d'agences low cost. Nous avons tout de même fini par mettre la main sur 2 sujets : ils faisaient partie d'un CD-ROM thématique. Le prix à l'unité pour 2 sujets était à peu près aussi élevé que le prix du CD entier ! Nous avons donc choisi d'acheter le CD, mais ça coûtait bonbon: 649 euros. Bien sûr, en prime nous pourrons bénéficier des photos surnuméraires pour des campagnes futures pour le même produit. Mais j'ai quand même eu la sensation désagréable d'avoir été poussé à l'achat.
Sans oublier l'histoire du photographe pro qui se défile (si, si, cela arrive aussi de tomber sur des mauvais…!).


