Serge Michel et Michel BeuretDans |
ailleurs |
ça se lit |
jardin planétaire |
par Jean-Christophe Courte
Avec le photographe Paolo Woods, Serge Michel et Michel Beuret signent un livre qui explique comment la Chine est partie à la conquête de l'Afrique et comment elle arrive peu à peu à réussir son ambitieux pari… Alors que les pays occidentaux, longtemps maîtres d'une partie de l'Afrique dans les siècles précédents (relire
Conrad et sa nouvelle Cœur des ténèbres) avec les dégâts et, surtout, des excès que l'on sait, se sont retirés en grande partie, les chinois qui ont besoin de matières premières ont vite compris en commerçants avisés l'opportunité incroyable qu'ils avaient sous les yeux…
Ce livre est une enquête particulièrement bien documentée qui narre tant les abus de certaines régimes politiques africains, l'inefficacité des structures comme la banque mondiale et d'autres, que les méthodes pragmatiques de ces chinois qui agissent, construisent, restaurent des installations délabrées conçues par les occidentaux pour les remettre en production et surtout, ne font jamais la morale aux dictateurs… Par contre, ces chinois se tiennent les coudes, réussissent, s'enrichissent et n'hésitent pas à bosser comme des fous pour réussir leurs contrats, s'engagent sur les délais et trouvent les financements tout en concurrençant déjà la production intérieure africaine avec des copies "made in China", des
tagabati…
Bref, illustrées de photos — assez surréalistes parfois, ce livre montre l'incroyable gâchis commis depuis des dizaines d'années et la persévérance de la Chine là où les élites occidentales ou américaines avaient lâché l'affaire depuis longtemps… Depuis, c'est la course pour reconquérir ce continent et ses ressources, vu que Pékin réussi son formidable pari. Maintenant, quid des peuples africains eux-mêmes…? En conclusion, je vous laisse découvrir le blog de
Cédric Kalonji qui vit au Congo… Là, on est loin de reportages écrits à 10 000 kilomètres des faits…
La Chinafrique
Pékin à la conquête du contient noir
Serge Michel et Michel Beuret
Photos de Paolo Woods
Grasset
9782246736219 | 19,50 €
| le 30/08/2008 à 10:30 | Écrire à Jean-Christophe Courte |
Siné Hebdo dès le 10 septembreDans |
ça se lit |
par Jean-Christophe Courte
Même si je ne partage pas toutes les idées de
Siné, belle aventure — à 80 ans — de devenir à son tour patron d'un hebdo à l'heure où certains ne pensent qu'à la retraite…!
Info apprise par
Le Figaro…!
| le 27/08/2008 à 13:50 | Écrire à Jean-Christophe Courte |
George P. PelecanosDans |
ça se lit |
par Jean-Christophe Courte
Voici un roman noir et poisseux à souhait dans lequel on se laisse prendre au fil des 400 pages et qui m'a offert deux soirées haletantes…! Un hold-up minable qui finit mal, organisé par deux tueurs crétins dont l'un perd son frère dans l'histoire… Du coup, son obsession est de se venger quelques années plus tard du flic paralysé qui n'a fait que son job de représentant de l'ordre et y a laissé sa santé… Sauf qu'il n'est pas le seul à souhaiter se venger.
Je n'en dis pas plus car tous les individus sont remarquablement campés, profondément humains, des deux odieux à la gâchette facile à la cohorte de leurs victimes en passant par des tas de personnages pas si secondaires…
En résumé, la sauvagerie imbécile, un jour
ça lasse… même les complices. Et c'est tout le talent de
George P. Pelecanos dans
Funky guns de prendre le temps de nous raconter à quel moment un grain de sable vient bloquer la mécanique ; à quel instant le trouillard reprend consistance, se regarde à nouveau dans la glace ; pourquoi les liens d'amitié noués dans l'enfance servent parfois à rendre une justice — expéditive — que celle des hommes patine trop souvent à mettre en œuvre… Paradoxalement, dans ses divers rebondissements, ce récit en arrive même à rester étrangement moral…
Bref, quand
le cave se rebiffe, cela peut avoir des conséquences désastreuses pour ceux qui l'ont humilié…! Lecture en diagonal impossible tant l'auteur ne cesse de passer d'une scène à une autre, nous laissant à chaque fois une bribe d'information indispensable dans des ambiances superbes — même si elles sont souvent loin de notre propre univers. Belle écriture et très chouette traduction, fluide et légère, de
Frédérique Pressmann qui en arrive à nous faire oublier que cela a été écrit en anglais.
Funky guns
George P. Pelecanos
Points (1158)
9782020581196 | 8 €
| le 22/08/2008 à 06:30 | Écrire à Jean-Christophe Courte |
Simplifier !Dans |
ça se lit |
groummphh |
par Jean-Christophe Courte
Je ne sais pas si je vais trouver d'autres bonnes résolutions mais ce billet de l'ami
Marc Autret m'a bien amusé tant je me sens en phase avec ce qu'il a écrit. Et c'est trop souvent ce que je n'arrive pas à faire…!
Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », plastronne Boileau dans son Art poétique (Chant I). Comme pétition stylistique, tout le monde suit ; comme injonction suprême, je m’excuse. L’axiome de Boileau s’impose à toute l’industrie rhétorique, mais il peut rencontrer aujourd’hui un contre-argument, ou tout au moins un contre-emploi, de ce que les auteurs ne cherchent pas nécessairement à faire valoir qu’ils conçoivent bien les choses. La lumière ne passe pas partout. Sans déterrer l’exemple hermétique, on peut rendre compte du désordre, de l’incertain, des ténèbres. Et œuvrer en empathie.
Tout son
argumentaire est à lire sur BlogNot!
Et cela commence ainsi…
Laborieux, poussif, torturé, entortillé, emberlificoté, alluvionnaire... Les comités de lecture ont à disposition un riche boisseau lexical pour condamner les manuscrits qui collent aux doigts. Pourquoi l’auteur n’a-t-il pas vu qu’on s’emmerderait comme un rat mort pendant les 150 premières pages de son bouquin, les dix premières minutes de son film, les trois premières lignes de son billet ? Parce que simplifier est un foutu métier.
Tiens, vous êtes encore ici…? C'est pourtant
là que ça se passe…!
| le 20/08/2008 à 09:30 | Écrire à Jean-Christophe Courte |
Jean-Didier UrbainDans |
ailleurs |
ça se lit |
par Jean-Christophe Courte
C'est un livre que je pensais chroniquer avant de me retrouver avec une main en rade il y a quelques mois… Je l'ai relu en vacances et j'apprécie particulièrement la philosophie qui s'en dégage : Ethnologue du quotidien, c'est (en gros) découvrir son voisin de palier…!
Dans cette conquête ethnographique d'univers proches par quelques explorateurs curieux de leur "voisin de palier", il y a donc, outre une certaine odeur de désobéissance, voire de provocation ou de transgression, une sorte de défi lancé à une coutume anthropologique bien étable. Ainsi que la dépeint avc humour Nigel Barley, selon cette coutume, pour qu'une réalité socioculturelle soit digne d'intérêt il faut qu'il s'agisse d'un peuple lointain qui, de préférence, pratique le culte du crâne, procède à la circoncision, possède un langage sifflé, momifie ses morts et, c'est encore meilleur, a la réputation d'être sauvage et rétif.
Ce bouquin est toujours aussi drôle, délicieusement ironique et particulièrement documenté. Intéressant par les questions qu'il entraîne sur notre rapport à notre environnement quotidien… Avec, comme corollaire,
peut-on, indigène parmi les indigènes, être ethnologue chez soi…? À mes yeux, oui…! Or c'est bien ce que Jean-Didier Urbain nous démontre dans cet ouvrage étonnant où il convoque nombre d'écrivains voyageurs, Flaubert, Perec… Ou encore Temple Grandin, autiste…
Voisin ou étranger, l'autre est à même de noter des faits et vérités que l'indigène ne voit pas. De percevoir des comportements et des coutumes dans leur singularité. D'enregistrer des régularités ou des rites et de relever des signes ou des symboles. Pourquoi se priver de sa vision : des pistes qu'elle ouvre et des informations que nous délivre le récit de ce "pillage" inversé, comme, par exemple, celui de cet africain découvrant Paris et les Parisiens ?
Bref un récit décapant qui devrait permettre au lecteur de s'amuser et de (re)devenir, à l'insu de son plein gré, un explorateur de son propre quotidien, un ethnologue excentrique…! De renouveler constamment son regard, rompre avec les évidences…
Pour finir, impossible de résumer en quelques lignes ce livre étonnant sans avoir envie d'en citer des paragraphes entiers…! Le plus simple est encore de le lire, de le parcourir en diagonal avant de finir, invariablement, par le relire totalement…
Ailleurs commence à la porte de son logement et non à dix heures d'avion ou de train…
Ethnologue, mais pas trop
Jean-Didier Urbain
Payot-Rivages
9782228897297 | 7,95 €
| le 20/08/2008 à 06:30 | Écrire à Jean-Christophe Courte |